Emotions mode d’emploi

Emotions mode d'emploi

Nous autres français sommes les tristes détenteurs du record du monde de consommation d’antidépresseurs et d’anxiolytiques. Tout a une explication, l’explication du mal-être français ne vient pas des impôts, du coût de la vie trop élevée; non, la raison vient de l’intérieur de nous, et notamment de ce à quoi nous sommes faits à 90% : nos émotions.

Nous avons appris à refouler nos émotions au lieu de les vivre.

Une émotion ne vient pas par hasard dans notre vie. Nos émotions ont une fonction : elles nous transmettent une information sur ce que nous sommes en train de vivre. Nous avons trop tendance à croire que nous devons « gérer nos émotions » alors que nous devons les vivre. Une émotion peut indiquer une limite, par exemple. Bien vivre ses émotions c’est savoir les accueillir et tenir compte de leur message, au lieu de les brider, de vouloir les contrôler et de les combattre, ce qui est peine perdue. Trop souvent les parents vivent – et donc transmettent à leurs enfants – une grande confusion dans ce qui touche au domaine des émotions. On peut même affirmer que toute la société, et notamment aussi le système scolaire est dans l’anti-éducation des émotions. En effet, notre société aujourd’hui en occident se base uniquement sur une société de consommation. Les industriels, par le biais des publicitaires, nous font croire que, grâce aux produits que nous achetons, nos fantasmes de perfection deviendront réalité. Avez-vous remarqué combien les gens dans la publicité sont beaucoup trop maigres, absolument bien coiffés et résolument impeccable, et affichant un sourire « ultra bright » ? Ceci est fictif, le monde idéal véhiculé par la publicité ne laisse plus de place à ce que doit vivre une personne à l’intérieur d’elle-même, et notamment ses véritables émotions.

Le massacre des émotions
Qui n’a pas entendu lorsqu’un enfant exprime une émotion qui ne plait pas à ses parents, un jugement au lieu de l’écoute active de ce parent envers son enfant ? Par exemple :

La honte
« Tu es ridicule quand tu pleures » « Tu n’as pas honte d’avoir peur ? Un grand garçon comme toi ? » ou « bouc, regarde comme tu es vilaine quand tu cries »

Le déni
« Ho c’est vrai que tu es tellement malheureuse, pauvre petite va ! » ou encore « arrête un peu ta comédie ! »

La culpabilisation
« Après tout ce qu’on fait pour toi !»

La peur
« Arrête de pleurer ou je tape encore plus fort ! »

L’achat
«  Maman va t’acheter une sucette, allez, sois gentil. »

Les jeunes enfants vivent leurs émotions comme des tempêtes intérieures. Les enfants ne savent pas mettre un sens sur leurs émotions, ils n’ont aucun contrôle sur leur émotions et pourtant les adultes leur demandent de « cesser de faire ton caprice ».

Le parent qui dit cela à son enfant est à la fois dans le déni de l’émotion de son enfant et, parallèlement, il lui prête des intentions cachées (faire un caprice) et aussi des capacités (à se contrôler) qu’un enfant n’a pas. Les personnes qui ont entendu dire régulièrement qu’elles étaient « capricieuses » par exemple, ou des enfants dont on a nié les émotions, deviennent des adultes qui se culpabilisent pour un rien, ou peuvent même se voient comme des imposteurs quand ils ont une émotion.

Les émotions stéréotypées

Emotions mode d'emploiDe même, nous sommes victimes de stéréotypes du genre, c’est à dire que les émotions de joie et de colère sont des émotions plus souvent attribués aux hommes, alors que la tristesse et la peur sont plus « typiques » aux femmes. Les femmes doivent apprendre à dire « non » et faire respecter leur territoire, et ne pas craindre qu’on les traite d’hystériques si elles se mettent en colère.

Comme les hommes se prennent moins la tête et s’autorisent plus facilement les émotions de colère et de la joie, ils savent, en générale, mieux faire respecter leur territoire, ce que les femmes peuvent ressentir comme de l’égoïsme de leurs parts. Par exemple, un homme s’octroie naturellement le droit de s’adonner à ses loisirs tout en étant père, alors que les mères culpabilisent et s’activent jusqu’à vivre des burn-out maternels.

Les émotions parasites

Pour éviter la honte ainsi que la culpabilité, l’enfant ou l’adolescent apprend à refouler son émotion naturelle, et à la remplacer par une émotion plus acceptée par sa famille. Ainsi l’enfant peut choisir de ressentir de la tristesse et de pleurer au lieu d’exprimer sa colère en criant, parce que ses pleurs seront consolés alors que ses cris seront punis. L’enfant va apprendre à n’exprimer que des émotions autorisées et à se couper de ses véritables émotions. Une fois adulte, il ne saura plus ressentir les émotions qu’il s’est interdit et à refouler. Il va les compenser en fumant, en grignotant, en s’adonnant à une addiction, ou il exprimera une émotion à la place d’une autre, par exemple du cynisme à la place de la tristesse. Les émotions de substitution sont appelées des « émotions parasites ».

Le racket émotionnel

Emotions mode d'emploiL’enfant ou l’adolescent est conscient que ses émotions parasites ont de l’impact affectif sur sa famille (parents, frères et sœurs, oncles et tantes, grands-parents). Il apprend que ses émotions parasites lui permettent de manœuvrer ses proches, et il va développer du « racket émotionnel ». Le racket émotionnel consiste à employer et à exagérer l’expression de l’émotion parasite pour manipuler son entourage.

Par exemple, une personne « coléreuse » manipulera son environnement en exprimant de la colère, ou encore, une personne « dépressive » utilisera ses larmes pour éviter des discussions gênantes, une autre personne boudera ou exprimera une colère froide pour obtenir ce qu’elle veut de ses proches. L’expression « racket » vient du fait que la personne manipule son entourage. L’émotion parasite  augmente en intensité : la personne colérique va carrément devenir violente et la personne dépressive pourra pratiquer du chantage au suicide. Les proches vont donc se sentir obligés de ménager « le racketteur » pour éviter des scènes pénibles et le racketteur pourra atteindre son objectif. Le hic est que le « racket » est une fuite pour éviter d’entrer en contact avec l’émotion qui a été brimée. Je vous conseille donc vivement de ne pas cautionner le racket, combien même la personne qui le pratique n’en à pas toujours conscience. En effet, le racket bloque toute possibilité de sincérité et de communication constructive, voir l’article sur la Communication Non-Violente, pour mieux communiquer. Le racket émotionnel peut se désamorcer. Pour cela, il suffit de ne pas rentrer dans le jeu du triangle de Karpman (où il y a un bourreau, un sauveur et une victime). Même si cela n’est pas facile, il est capital de rester stoïque face à du chantage ou de la manipulation.

Le triangle de KarpmanDans un premier temps, le racketteur va théâtraliser en crescendo. Mais une personne qui pratique le racket ne peut instaurer une relation d’emprise avec vous que si vous faites prise, donc le racketeur n’a du pouvoir (initialement) que sur votre peur, pas sur votre confiance en vous. Si vous ne cédez pas, le racketeur lâchera vite l’affaire et ainsi vous lui donnerez la chance d’être authentique. La personne qui pleurait se retrouvant face à un mur exprimera alors la colère (voire la rage) qu’elle camouflait. La personne coléreuse, elle pourra exprimer ses peurs et la personne anxieuse cessera de vous contrôler en se recentrant sur elle-même. Une chose à mémoriser : à chaque fois que nous cédons à du chantage affectif, nous félicitons le maitre chanteur de l’avoir pratiqué, nous l’encourageons à continuer à racketter et nous entretenons le jeu du triangle de Karpman.

La honte et la culpabilité

Nous avons vu que les enfants et les adolescents apprennent à refouler les émotions bannies dans leur cercle, mais que deviennent ces émotions ? Les émotions refoulées ne disparaissent pas. Elles se stockent dans l’inconscient comme sous une dalle de béton, afin qu’elles ne puissent en sortir. Et ce couvercle s’appelle l’ANGOISSE. A chaque fois que nous ressentons une crise d’angoisse, c’est qu’une émotion que nous avons appris à refouler remonte au conscient et est prête à en sortir. Quand l’angoisse est trop forte, le trop plein émotions peut devenir une phobie, une crise de tétanie, une paralysie psychique, ou encore une crise de spasmophilie. J’ai rédigé un article : comment vous faire aider si vous avez une crise d’angoisse que je vous invite à lire si vous vous sentez concerné.

One Comment on “Emotions mode d’emploi”

  1. « Nous avons appris à refouler nos émotions au lieu de les vivre »
    Je suis en train de lire un roman qui répète souvent : « ne regarde pas le problème, regarde la solution ». Effectivement, nous nous contentons souvent de regarder le problème.

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